
Coudray Jadis
NANTES
Les lieudits du quartier
à l'époque où le quartier était essentiellement agricole et artisan
Voici la carte des lieudits du quartier tels que présentés sur le cadastre de 1835 (section K : planches et état des sections)

Et pour mieux se repérer, voici la localisation des lieudits sur une vue aérienne de 2025

Le passage du lieudit à la rue
[ Eléments de contexte de l'époque ]
Avant 1800, le quartier St-Donatien était un faubourg très rural. L’habitat était relativement dispersé, sauf aux alentours de la Basilique. Cet habitat était étalé le long des 2 voies importantes de communication : la Route de Paris et le chemin du Coudray (dénommé bas chemin de St-Donatien jusqu’en 1901).
Cependant, malgré cette configuration, l’adressage des habitants restait majoritairement portée sur les noms de lieudits plutôt que sur le nom des rues, comme le montrent les recensements, les actes de vente, les planches cadastrales et les rapports de voirie.

Extrait d’un registre de recensement de 1861 du canton n°2
Ce n’est que vers 1910, avec l’accélération de l’urbanisation, que les noms de lieudits disparaissent progressivement au profit de la généralisation de l’adressage par rue.
Extrait d’un registre de recensement de 1910 du canton n°2


Les numéros de voirie, indispensables pour localiser correctement les maisons, feront leur apparition de manière plus soutenue une dizaine d’années plus tard dans le quartier. Ces numéros de voirie se sont vite imposés et développés dans les décennies suivantes, en particulier dans les rues principales. Mais dans les rues plus petites, la notion de lieudit a pu parfois perdurer et les habitations n'avaient pas de numéro attribué, sans que cela pose souci pour la distribution du courrier ou la desserte en électricité, par exemple.
Enfin pas toujours : au début des années 1990, les riverains du Port Guichard se plaignaient et demandaient que leur soit attribué un numéro de voirie par la commune afin de mettre un terme à l'incertitude de l'adressage.
Parfois, on localisait les habitants en donnant à leur résidence le nom du propriétaire des lieux : on voit ainsi dans les recensements de l'époque les mentions "maison Moisan", "maison Cottineau", "maison Chupin",.... Cette pratique a persisté jusque dans les années 1920.

Extrait d’un registre de recensement de 1921 du canton n°2
La signification de ces lieudits :
[ tentation étymologique ]
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Le "Port Guichard" : signifie étymologiquement « le port du nommé Guichard », qui peut être soit un marchand, soit un propriétaire riverain, soit un seigneur local, portant ce prénom germanique médiéval très répandu signifiant « dur au combat ». Le nom s'est transmis oralement puis fixé par écrit pour désigner ce point d'accès spécifique à la rivière. Le Port Guichard était au XIXe siècle un point de déchargement névralgique sur l'Erdre. Les sabliers, les pêcheurs, mais surtout les maraîchers locaux (du Champ Cartier notamment) y transitaient pour envoyer leurs légumes et leurs productions vers les marchés du centre de Nantes en évitant les chemins de terre boueux. Un peu plus tard, les blanchisseuses ont investi le lieu et on parlait alors des "tenues de lavandières", à savoir de prés couverts de fils à linge.
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le "Champ Cartier" : à l'angle des futures rues du Coudray et de Port Guichard, ce lieu, parfois orthographié Champ Quartier ou Champ de Cartier, désigne une parcelle cultivée bien délimitée. Elle prenait pour nom le propriétaire des lieux, ou bien un maître maraîcher, nommé Cartier qui exploitait ou possédait cette « pièce de terre » avant le XIXe siècle. La coutume nantaise voulait que les parcelles agricoles ou horticoles prennent le nom de leur exploitant.
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La "Sensive" : aussi orthographiée Censive, elle désigne, sous la féodalité, la terre sur laquelle pèse le cens, une redevance foncière annuelle et perpétuelle due par celui qui possède la propriété utile d'un fonds à celui qui en possède la propriété éminente (la seigneurie). Le mot censive est attesté vers 1260 et vient du latin médiéval censiva (terra).
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La "Sionnière" : Désigne peut-être une parcelle de terrain pointue, c'est-à-dire dont la forme se termine en pointe ou en angle aigu.
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Les "3 Légats" : Dans l'Église catholique, le légat apostolique (ou légat du pape) est un représentant officiel du Saint-Siège envoyé auprès des gouvernements ou des conciles. Il est envisageable que 3 légats papaux aient séjourné ici.
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La "Chapelainerie" : fait référence à un bénéfice ecclésiastique attaché à une chapelle, c'est-à-dire l'ensemble des revenus et obligations liés à la fonction de chapelain. Sous l'Ancien Régime, une chapelainerie désignait une fondation pieuse dotée de revenus (terres, rentes) permettant de rémunérer un chapelain en échange de la célébration régulière de messes, souvent pour le repos de l'âme du fondateur.
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La "Trémissinière" : C'est une ancienne tenue (ferme et ses terres) des bords de l'Erdre, qui représentait environ 25 hectares en 1844. Il s'agit d'une éthymologie répandue dans l'Ouest, signifiant domaine de Trémissin, patronyme d'une personne. L'origine de ce patronyme provient sûrement d'une monnaie romaine en or très répandue en Europe aux Ve et VIe siècles et nommée trémissis (ou triens).
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le "Pavillon" : dans la toponymie française, le Pavillon désigne soit une maison de chasse ou de plaisance, soit une aile en légère saillie de manoir ou de château.
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le "Mont Bazon": signifie étymologiquement « la colline du Bazon » : une légère élévation de terrain qui portait le nom d'un homme, probablement un propriétaire foncier médiéval dont le prénom germanique évoquait le combat ou la vaillance.
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le "Doyenné" : sous l'Ancien Régime, circonscription regroupant plusieurs paroisses, dirigée par un doyen (= prêtre élu par ses pairs et confirmé par l'évêque). Par extension, le terme s'est appliqué au bâtiment où résidait le doyen : la maison canoniale ou résidence du doyen.
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la "Tortière" : sur le plan étymologique, le mot Tortière est formé à partir de la racine romane ou gallèse Tort, qui signifie tordu ou sinueux. Le nom fait probablement référence à la configuration des lieux; à cet endroit: l'Erdre forme un coude, et les anciens chemins ruraux qui descendaient vers la rivière présentaient un tracé très sinueux et escarpé (le relief y est assez marqué). C'était la « terre tordue » ou le « chemin tordu ». Mais l'origine patronymique n'est pas à écarter; il a pu désigner au Moyen Âge la terre ou la tenue d'un habitant nommé Le Tort, nom de famille signifiant à l'origine le boiteux ou quelqu'un de courbé.
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le "Gros Chêne" : désigne évidemment un lieu attaché à un arbre repère : un chêne de belle dimension.
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le "Port Garnier" : du nom d'un ancien propriétaire de l'époque, ce port était jadis un espace semi-industriel et populaire en pleine mutation, lieu de passage où l'on croisait des mariniers, des charpentiers de marine et des blanchisseuses.
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"Tournerond" : peut faire référence à un coude de la rivière ou bien à la présence de moulins à vent; on ne sait pas trop. Avant la construction du Pont de la Tortière en 1877, l'embarcadère pour traverser l'Erdre était situé ici.
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le "Haut Moreau" : domaine bourgeois situé sur un plateau dominant la rivière, qui accueillit par la suite en 1855 une maison de retraite pour vieux prêtres.
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"Coupe-gorge" : ce lieudit, usité avant la Révolution, a vite disparu des recensements au XIXème siècle. Le sens d'alors était différent de la signification actuelle immédiate : il désignait plutôt un sentier coupant une gorge, c'est-à-dire un endroit pentu et accidenté.
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la "Bérodière" : closerie portant le nom du propriétaire (Béraud)
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la "Tenue de Clermont" : le nom vient de la seigneurie de Clermont/Montclair basée au Cellier, qui porte aussi le nom d'un monastère détruit par les Normands en 845. Il s'est perpétué dans la toponymie locale sous forme de « tenue » et de rue.
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la "Tenue de l'Aumonerie" : parcelle agricole périphérique appartenant jadis à l'Aumônerie Saint-Clément (également appelée hôpital Notre-Dame-Hors-Les-Murs), qui y avait établi autrefois son pavillon d'isolement pour les malades de la peste.

Origine de l'iconographie :
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extraits de registres de recensement : Archives Municipales
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photo : Archives Municipales
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cartes (sur fond cadastral et sur vue aérienne) : Coudray Jadis